- Publié le Lun 02 Février 2026
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L’anacarde doit il craindre le sort de son « frère » cacao ? Pendant des décennies, le cacao a été présenté comme l’or brun de la Côte d’Ivoire. Des milliers de familles ont planté, entretenu, récolté, avec l’espoir qu’à chaque campagne, leurs efforts seraient récompensés. Puis, la réalité les a rattrapés : prix bord champ discutés sans eux, intermédiaires tout puissants, et, au final, des sacs de fèves qui s’entassent dans les villages faute d’acheteurs.
Cette année
encore, de nombreux producteurs de cacao ont vécu la même scène. Les pistes
sont poussiéreuses, les greniers sont pleins, mais les camions tardent à venir.
Quand enfin le commerçant arrive, le prix proposé fait mal : loin des chiffres
annoncés à la radio, loin surtout du coût réel du travail fourni. Certains
paysans bradent leur cacao pour payer les dettes de la saison, d’autres
préfèrent stocker et attendre des jours meilleurs, au risque de voir leur
récolte se dégrader. Le cacao, richesse nationale, devient ainsi source
d’angoisse dans bien des foyers.
Face à ce
spectacle, une question s’impose : l’anacarde, nouveau champion des
exportations ivoiriennes, peut‑il être épargné ? Là aussi, on parle de filière
porteuse, de demande mondiale en hausse, de milliers de tonnes exportées chaque
année.
L’histoire
récente du cacao devrait servir d’alerte. Sans transparence sur la formation
des prix, sans organisations paysannes fortes pour défendre les intérêts des
producteurs, sans contrôle réel des pratiques d’achat sur le terrain, aucune «
filière d’avenir » n’est à l’abri. Aujourd’hui, l’anacarde apparaît comme une
chance pour des milliers de familles rurales. Mais si rien ne change dans la
manière d’acheter, de fixer les prix et de respecter les producteurs, le petit
frère anacarde pourrait, lui aussi, raconter demain la même triste histoire que
son grand frère cacao.
Edgard ASSEMIEN