CÔTE D’IVOIRE : LE PARADOXE ALARMANT DE LA FILIÈRE CACAO 

La rentabilité de la filière cacao ivoirienne s’effrite à vue d’œil. C’est le constat dressé par l’étude sur le coût de production du cacao, restituée et validée sous réserve lors d’un atelier organisé par INADES-Formation Côte d’Ivoire ce mardi 24 février 2026 à Abidjan. Cet événement s’inscrit dans le cadre du projet de renforcement de la société civile pour une gouvernance durable de la filière, avec l’appui de l’Union européenne et de plusieurs partenaires.

Menée sur l’ensemble de la campagne 2024-2025 (grande et petite traite), l’étude estime le coût de production entre 1 300 et 1 500 FCFA par kilogramme, selon la valorisation du travail familial. Ce seuil se rapproche dangereusement du prix payé aux producteurs, creusant un paradoxe : une production en hausse, mais des marges en chute libre.

À l’ouverture des travaux, le président du Conseil d’administration d’INADES-Formation Côte d’Ivoire, Tetiali Digbeu, a rappelé le rôle pilier du cacao dans l’économie nationale. « Disposer de données fiables sur le coût réel de production est essentiel pour éclairer le dialogue et renforcer la durabilité économique de la filière », a-t-il souligné.

Le consultant international François Ruf attribue cette hausse des charges à plusieurs facteurs structurels : vieillissement des vergers, disparition de la « rente forêt », pression climatique accrue et gonflement des dépenses sociales des ménages agricoles. « Aujourd’hui, produire du cacao sans engrais est presque impossible. Les coûts augmentent alors que les marges se réduisent », a-t-il analysé. Selon lui, le prix actuel du cacao bord-champ ne permet pas d’investir suffisamment dans la replantation.

Ces défis se vérifient sur le terrain. Moronmo Chantale, responsable de coopérative, témoigne : « Entre pépinières, main-d’œuvre et entretien des plantations vieillissantes, les charges s’accumulent. Le prix a augmenté, mais la production baisse. Nous avons besoin de financements pour réhabiliter nos champs et diversifier nos activités. »

L’étude pointe un déficit préoccupant de replantation, menaçant la pérennité des exploitations. Les experts préconisent la diversification, notamment via une agroforesterie économiquement viable, comme solution incontournable.

En validant le rapport final, les participants ont équipé la filière d’un outil stratégique de plaidoyer. Au-delà du prix bord-champ, c’est la quête d’un revenu durable pour les producteurs qui conditionne l’avenir du cacao ivoirien.

 

            WIILIAMS BINGO

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