La Côte d’Ivoire lance la relance de sa filière café en misant sur la qualité et la traçabilité. Sous l’impulsion du Conseil Café‑Cacao, une stratégie structurée vise à rebâtir une filière capable d’identifier, certifier et valoriser des cafés d’origine, afin de conquérir des segments de marché à forte valeur ajoutée.
Pour y parvenir, le pays met l’accent sur le développement d’une expertise nationale. L’enjeu est de caractériser précisément les cafés selon leur origine géographique, leurs terroirs et leurs profils aromatiques, et garantir l’homogénéité gustative des lots exportés. La sélection variétale, l’étude des terroirs et la formalisation de protocoles de traçabilité figurent parmi les priorités identifiées par les autorités et les professionnels.
Dans ce cadre, une série de formations spécialisées a été lancée samedi 08 juillet 2026 à la direction du CNRA sis à Abidjan Cocody pour former des dégustateurs‑experts en Côte d’Ivoire. Ces cursus, animés par des intervenants nationaux et internationaux, portent sur la reconnaissance des arômes, la mise en place de fiches de dégustation standardisées et les procédures de contrôle qualité. Une fois certifiés, ces dégustateurs formeront un pool d’agents publics habilités à contrôler et attester la qualité des cafés destinés à l’exportation. Leur rôle sera déterminant pour l’octroi de labels et la traçabilité des lots.
Anselme Goutou, président de l’Agence du Café Robusta d’Afrique et Madagascar (ACRAM), souligne l’importance de cette montée en compétence : « Former des dégustateurs locaux, c’est prendre en main notre destinée commerciale. La structuration de la filière passe par des hommes et des méthodes fiables ».
Les acteurs insistent sur le fait que la relance durable ne peut se limiter à l’augmentation des volumes. « Produire plus ne suffit pas ; il faut produire mieux et savoir le prouver », explique Mory Diawara Coordonnateur du Programme Actbusiness Findly/ITC.
À cet effet, la valorisation passe aussi par l’amélioration des pratiques culturales, la gestion post‑récolte et l’investissement dans des infrastructures de transformation permettant d’obtenir des cafés propres et homogènes.
La stratégie ivoirienne prévoit également une cartographie des terroirs et un travail sur les variétés cultivées afin d’identifier des profils sensoriels distinctifs, susceptibles d’intéresser les marchés spécialisés. L’objectif est double : reconstituer une image de marque nationale autour de cafés identifiables par leur origine, et permettre aux producteurs d’accéder à des filières rémunératrices, notamment via des certifications et des appellations.
Sur le terrain, les premières sessions de formation ont déjà permis de repérer des candidats prometteurs issus des services publics, des coopératives et des acteurs privés. Ces nouveaux experts seront bientôt amenés à intervenir lors des contrôles à l’export et à conseiller les opérateurs dans la mise en œuvre des bonnes pratiques qualité.
En misant sur la compétence, la traçabilité et la valorisation, la Côte d’Ivoire espère ainsi transformer sa production de café en un produit exportable à haute valeur ajoutée, capable de rivaliser sur les segments premium du marché mondial.
EDGARD ASSEMIEN