- Publié le Mer 15 Avril 2026
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Une délégation néerlandaise conduite par Ralf van de Beek, directeur international de l’agribusiness et de la sécurité alimentaire , a effectué une visite à la direction générale du Centre national de recherche agronomique (CNRA), sise à Abidjan Songon, ce mardi 14 avril 2026. Cette visite s’inscrit dans le cadre d’une mission de renforcement de la coopération entre la Côte d’Ivoire et les Pays Bas en vue de moderniser le secteur semencier et de sécuriser la sécurité alimentaire du pays.
À cette occasion,
le Dr Jean‑Luc Konan Konan, directeur de la recherche et de l’innovation au
CNRA, a présenté le rôle de l’institut dans la production de semences et les
perspectives de partenariat avec les Pays‑Bas, dans le cadre de la sécurisation
de la sécurité et de la souveraineté alimentaire en Côte d’Ivoire. Selon le Dr
Konan Konan, cette visite s’inscrit dans un contexte où la Côte d’Ivoire
s’oriente de plus en plus vers la sécurité alimentaire, la souveraineté
alimentaire et la valorisation de ses semences locales. « Le CNRA joue le rôle
de leader de la recherche agronomique », a‑t‑il souligné, en rappelant qu’il
est la structure qui détient plus de 80% des ressources génétiques du pays et
qui dispose des infrastructures et de l’expérience nécessaires pour les
valoriser efficacement. À l’issue de la rencontre, le directeur de la recherche
et de l’innovation a identifié trois axes de collaboration : la culture in
vitro, la recherche de matériel végétal plus performant à l’étranger et
l’importation d’innovations technologiques néerlandaises.
Le premier défi
concerne la culture in vitro, méthode reconnue comme la voie la plus rapide
pour multiplier les semences de qualité. Le CNRA dispose d’un laboratoire de
culture in vitro, mais dont la capacité actuelle ne permet pas encore
d’approvisionner tout le pays. « Avec les expertises et ce partenariat,
pourrons‑nous améliorer nos capacités pour répondre aux défis de la Côte
d’Ivoire ? », s’est interrogé le Dr Konan Konan, en rappelant que ce type de
production peut permettre, à terme, de multiplier très rapidement les volumes
de semences disponibles pour les producteurs.
Le deuxième volet
porte sur le matériel végétal. Le CNRA reconnaît disposer de certaines variétés
développées localement, mais il reconnaît aussi que les Pays‑Bas et d’autres
pays développés peuvent offrir des matériaux végétaux plus performants. « Dans
les échanges, s’il ressort qu’il existe du matériel végétal plus performant que
le nôtre, nous verrons s’il peut s’adapter à nos conditions locales », a indiqué
le directeur de la recherche et de l’innovation, en précisant que le CNRA
assurera le relais pour l’évaluation, l’adaptation et la diffusion à grande
échelle.
Le troisième axe
concerne l’innovation technologique. « Nous sommes un pays en développement
face à des pays développés où la production de semences est très avancée, avec
des moyens modernes », a expliqué le Dr Konan Konan. Au‑delà de la culture in
vitro des semences hybrides, les Pays‑Bas exploitent d’autres innovations pour
produire rapidement et en grande quantité. La visite doit donc permettre aux
équipes du CNRA de découvrir ces pratiques, de les importer et de les adapter
au contexte ivoirien.
Lors de la même
visite, Coulibaly Noupe Diakaria, chef de programme « Cultures maraîchères et
protéagineuses » au CNRA, a présenté le dispositif de production de semences du
CNRA, notamment pour les programmes « Cultures maraîchères et protéagineuses »
et « Plantes à racines et tubercules ». Il a expliqué que le processus commence
par la collecte des ressources génétiques, suivie d’une phase de
caractérisation et d’évaluation. Une fois les variétés jugées performantes,
elles sont testées en milieu paysan, dans une phase de pré‑vulgarisation, avant
d’être vulgarisées à grande échelle si les résultats sont concluants.
Sur le plan
technique, le CNRA combine la production classique au champ à deux méthodes de
laboratoire : la vitroculture (culture in vitro) et la SAH (hydroponie semi‑autotrophe).
« Cette méthode est avantageuse parce qu’elle permet de produire jusqu’à 50
fois plus que les méthodes conventionnelles, avec un taux de reprise très
intéressant et un rendement élevé », a souligné Coulibaly Noupe Diakaria. Pour
les deux programmes, la collection rassemble plus de 1 250 variétés de cultures
maraîchères et plus de 1 500 ressources génétiques de plantes à racines et
tubercules, dont 750 uniquement pour le manioc. Pour la pomme de terre, les
travaux ne font que commencer, mais le nombre de variétés en collecte augmente
progressivement.
Le responsable du
programme a également décrit la chaîne de valeur nationale de la semence mise
en place par le CNRA. « Nous partons des semences de pré‑base pour aller
jusqu’aux semences de base », a‑t‑il précisé, avant de les céder au projet
semencier chargé de la diffusion. Le CNRA joue en parallèle le rôle de
renforcer les capacités de contrôle de la qualité des semences et des produits
semenciers, afin de garantir que les agriculteurs bénéficient de semences
fiables et certifiées.
Du côté
néerlandais, Ralf van de Beek a indiqué que « l’objectif principal de notre
visite est d’identifier des opportunités de collaboration bilatérale entre les
Pays‑Bas et la Côte d’Ivoire pour renforcer le secteur des semences et aider le
pays à atteindre l’autosuffisance ». Il s’est dit « très heureux et très fier »
de conduire une délégation aussi vaste, composée d’entreprises du secteur des
semences, de centres de recherche et de formation néerlandais, d’ONG, de
plateformes et d’acteurs de l’agribusiness. « C’est une bonne visite au bon
moment », a‑t‑il jugé, en saluant le fait d’être reçu au CNRA, centre national
qui gère la recherche et l’amélioration du secteur des semences en Côte
d’Ivoire.
La mission de
Ralf van de Beek est une mission d’innovation et d’études, avec la volonté
explicite de bâtir une coopération publique‑privée durable. L’ambassade des
Pays‑Bas à Abidjan identifie déjà des possibilités de projets, y compris
financiers, même si, à ce stade, il est encore prématuré de faire des promesses
formelles. « Ce n’est pas seulement du financement public : notre système
repose sur une collaboration publique‑privée », a‑t‑il précisé, en insistant
sur la recherche d’opportunités de coopération concrètes entre entreprises
néerlandaises et acteurs ivoiriens.
En ce qui
concerne la durée de la coopération, Ralf van de Beek a rappelé que la
participation des Pays‑Bas comme pays à l’honneur au SARA en 2023 a marqué le
début de cette dynamique. Depuis, plusieurs activités ont été menées, dont le
centre de formation horticole Moyet à Yamoussoukro. Deux visites de haut niveau
néerlandaises ont déjà eu lieu, y compris celle de son vice‑ministre. « Il n’y
a pas de fin prévue », a‑t‑il affirmé, en soulignant que la collaboration est «
multiannuelle et dépend des opportunités et de l’engagement des acteurs
ivoiriens ».
À l’issue de
cette visite, le constat est clair : le CNRA et les Pays‑Bas entendent
conjuguer leurs forces pour booster la production nationale de semences,
moderniser les chaînes de valeur agricoles et contribuer directement à la
sécurité alimentaire en Côte d’Ivoire. Pour les autorités ivoiriennes comme
pour les partenaires néerlandais, cette étape du CNRA s’inscrit dans une
stratégie plus large de montée en puissance de la recherche agronomique
ivoirienne, au service de millions de producteurs et de consommateurs.
EDGARD ASSEMIEN